Première fois qu’on pose des briques sur une table de CODIR, il y a toujours un silence. Quelques sourires gênés. Un directeur qui dit « on est là pour jouer ? ». Et puis, quarante minutes plus tard, ce même directeur explique sa vision de l’entreprise avec un dragon vert et une échelle blanche. Sans bafouiller. Pour la première fois depuis trois ans.
C’est ça, Lego Serious Play CODIR. Pas un team building. Pas un gadget. Une méthode propriétaire née dans les années 90 chez LEGO pour aligner des équipes de direction sur des sujets que les slides n’arrivent plus à traiter. Le malentendu vient de la marque. Quand on entend « Lego » en réunion stratégique, on pense récréation. Quand on a vu la méthode tourner sur un sujet d’identité ou de repositionnement, on change d’avis.
D’où vient la méthode et pourquoi elle existe
Dans les années 90, LEGO traverse une crise stratégique. Les dirigeants cherchent un moyen de mobiliser l’intelligence collective de leurs équipes au-delà des PowerPoint. Ils s’associent à deux chercheurs en management, Johan Roos et Bart Victor, à l’IMD de Lausanne. L’idée : utiliser les mains pour penser. La méthode Lego Serious Play naît de ce travail. Elle est ensuite formalisée, structurée, et placée sous une licence open source en 2010.
Ce n’est pas un détail. La méthode repose sur un protocole précis. Un facilitateur certifié. Un cadre. Des questions construites. On ne sort pas un sac de briques sur une table et on ne dit pas « construisez votre vision ». Ça, c’est du team building Lego classique. Lego Serious Play, c’est autre chose.
La promesse de fond : permettre à 100% des participants de s’exprimer 100% du temps. Dans un CODIR classique, on sait qui prend la parole, qui décroche, qui suit. Avec la méthode, chacun construit, chacun raconte, chacun écoute. Le rapport de force habituel se déplace. Pas magiquement. Méthodiquement.
Pourquoi ça marche en CODIR
Trois mécanismes opèrent. Le premier : la métaphore débloque la parole. Quand vous demandez à un directeur financier de parler de « la culture de l’entreprise », il vous sort des mots vagues ou des phrases prudentes. Quand vous lui demandez de la construire en briques, il choisit un mur, des engrenages, un personnage qui regarde ailleurs. Et là il vous explique pourquoi. La métaphore protège. Elle permet de dire ce qu’on ne dit pas en mots.
Le deuxième : la construction force la précision. Une vision floue ne tient pas debout en briques. Si vous parlez de « transformation », il faut décider à quoi ça ressemble. Une échelle ? Un pont ? Une route ? Chaque choix est un arbitrage. La main rend visible ce que la tête laisse flotter.
Le troisième : tout le monde construit en parallèle. Pas de tour de table où le premier qui parle cadre la discussion. Chacun bâtit pendant cinq à dix minutes, puis raconte. Vous découvrez des angles de vue qui ne seraient jamais sortis dans une discussion ouverte. Le timide a le même temps que le bavard. La nouvelle directrice a le même temps que celui qui est là depuis quinze ans.
Sur des sujets d’intelligence collective en CODIR, la méthode est un des leviers les plus efficaces qu’on ait vus tourner. Pas le seul. Mais un des plus puissants quand le sujet s’y prête.
Quand ça ne marche pas
Soyons clairs. Lego Serious Play n’est pas une réponse universelle. Il y a des contextes où c’est même contre-productif.
Premier cas : votre CODIR vient pour un livrable opérationnel. Plan d’action chiffré, arbitrage budgétaire, décision de calendrier. Là, sortez les briques et vous perdez votre journée. La méthode travaille la perception, l’identité, la vision. Pas les chiffres.
Deuxième cas : pas de sujet identitaire à traiter. Si l’équipe est claire sur qui elle est, où elle va et comment elle s’entend, vous n’avez pas besoin de la méthode. Vous avez besoin d’un atelier d’arbitrage classique avec un bon ordre du jour.
Troisième cas : l’équipe est en conflit ouvert et toxique. La méthode peut servir à débloquer un conflit latent, pas à éteindre un incendie. Si deux directeurs ne se parlent plus depuis six mois, commencer par un atelier briques sera vécu comme une provocation. Il faut d’abord traiter le sol avant de mettre des fleurs dessus.
Quatrième cas : un dirigeant qui veut « tester pour voir ». L’engagement du sponsor est une condition non négociable. Si le DG arrive en retard, sort son téléphone et dit « amusez-vous », l’atelier perd 80% de son potentiel. La posture du sommet contamine tout.
Les cas d’usage qui marchent vraiment
Quatre grandes situations où Lego Serious Play CODIR délivre.
Travail sur la vision. Quand l’équipe doit clarifier où elle veut amener l’entreprise dans trois ou cinq ans. La métaphore force à choisir, à arbitrer, à donner du relief. On obtient une vision dont on se souvient parce qu’elle a une forme.
Repositionnement de marque ou d’offre. Quand le marché change et qu’il faut redéfinir la promesse. Construire la concurrence, construire son entreprise, construire le client. Voir les écarts. C’est plus rapide que trois ateliers SWOT.
Sujet identitaire post-fusion ou post-croissance. Quand deux cultures doivent en former une troisième. Ou quand l’entreprise est passée de 30 à 200 personnes et que personne ne sait plus qui on est. Les briques permettent de poser des éléments d’identité que les mots seuls ne capturent pas.
Conflit latent dans le CODIR. Quand on sent les non-dits, les évitements, les sujets qu’on contourne. La méthode crée un espace de parole indirecte qui rend dicible ce qui ne l’était pas. À condition d’avoir un facilitateur qui sait tenir le cadre.
Sur ces sujets, on l’utilise souvent dans le cadre d’un séminaire d’entreprise pensé pour un CODIR. Pas en réunion d’une heure trente. Il faut du temps pour que le mécanisme produise.
La différence avec un team building Lego
C’est probablement la confusion qui fait le plus de tort à la méthode. Le team building Lego, c’est sympa. Vous construisez une tour en équipe, vous riez, vous repartez. Aucun problème avec ça. Mais ce n’est pas Lego Serious Play.
Lego Serious Play, c’est :
Une méthode propriétaire avec un protocole en sept étapes, ancrée dans la recherche en management. Un facilitateur certifié qui a passé trois à cinq jours de formation officielle minimum. Des questions construites en amont avec le sponsor, pas improvisées. Des kits spécifiques (Starter Kit, Identity and Landscape Kit, Connections Kit) qui ne sont pas un sac de briques générique. Une logique d’aller-retour entre construction individuelle, modèle partagé et système collectif. Une intention claire : produire un livrable cognitif et émotionnel, pas une animation.
Le team building Lego, c’est : un facilitateur improvisé, des briques achetées sur internet, une consigne floue, un objectif d’animation. Aucun jugement, c’est une autre catégorie. Mais quand un dirigeant dit « j’ai testé Lego en séminaire, ça n’a rien donné », il faut souvent demander : qui animait, avec quelle méthode, quel certifiant ?
La posture du facilitateur certifié
Un atelier Lego Serious Play réussi tient sur trois choses. Le sujet (qui doit s’y prêter). L’engagement du sponsor (qui doit être total). La posture du facilitateur (qui doit être sérieuse).
Le facilitateur certifié n’est pas là pour animer. Il est là pour tenir un cadre, poser les bonnes questions, faire respecter le temps de parole, ramener au sujet quand le groupe dérive. Il ne juge pas les modèles. Il ne propose pas d’interprétations. Il fait dire au constructeur ce que sa construction veut dire, et il fait écouter les autres.
C’est une discipline. On a vu des CODIR repartir transformés d’une journée bien facilitée, et d’autres ressortir vaguement perplexes d’une journée mal cadrée. La différence n’est jamais la qualité des briques. Elle est dans la qualité de la posture.
Yoan Lureault, fondateur d’Insuffle, est certifié Lego Serious Play. La certification, ce n’est pas un diplôme à afficher. C’est une garantie de méthode. Quand vous achetez un atelier Lego Serious Play CODIR, vous achetez d’abord un protocole et une posture. Pas des briques et de la bonne humeur.
Comment se passe un atelier type
Une journée standard se déroule en plusieurs séquences. Cadre et posture (15 minutes). Construction d’échauffement pour s’approprier la méthode (30 minutes). Première vague de constructions individuelles sur le sujet, avec partage (1h30 à 2h). Construction de modèles partagés en sous-groupes (1h30). Construction du modèle système collectif (1h à 1h30). Identification des principes simples qui tiennent ensemble (45 minutes). Synthèse et engagements (30 minutes).
Sur un sujet de vision ou d’identité, comptez une journée pleine. Sur un sujet plus circonscrit, on peut tenir en demi-journée. Moins, c’est rarement utile. La méthode a besoin de respiration pour produire ses effets.
Le livrable n’est pas une présentation PowerPoint. C’est un modèle physique photographié sous toutes les coutures, accompagné des principes que l’équipe en tire. Ce qu’on en fait après, c’est une autre étape. La méthode produit de la matière brute. La transformer en plan d’action concret demande une facilitation d’entreprise plus large qui s’inscrit dans la durée.
Les bénéfices observés en CODIR
Quand l’atelier est bien posé, voici ce qu’on constate de manière récurrente. Une parole plus distribuée que dans un CODIR classique. Des sujets sortis qui ne seraient jamais sortis autrement. Une mémoire visuelle de la décision (les photos des modèles servent encore six mois après). Un sentiment partagé d’avoir produit ensemble quelque chose. Une dynamique d’équipe qui change, parce que chacun a vu les autres autrement.
Ce ne sont pas des miracles. Un atelier ne transforme pas un CODIR en équipe alignée si elle ne l’était pas. Mais il peut être le point de bascule d’un travail plus long. Le moment où on pose des choses qui restaient floues. Le moment où on décide ensemble. Le moment où on se dit qu’on n’avait jamais vraiment parlé jusqu’ici.
C’est précieux pour un dirigeant. Encore plus précieux pour une DRH qui essaie de faire bouger une équipe qui ne bouge plus.
Ce qu’il faut vérifier avant de signer
Si vous envisagez un atelier Lego Serious Play CODIR, posez ces questions au prestataire.
Êtes-vous certifié ? Par quel organisme ? Depuis quand ? La certification officielle vient d’organismes reconnus comme l’Association of Master Trainers ou Robert Rasmussen et associés. Demandez le justificatif.
Sur quels sujets recommandez-vous la méthode, et sur quels sujets vous la déconseillez ? Un bon facilitateur saura vous dire non. Si on vous propose Lego Serious Play pour un arbitrage budgétaire, fuyez.
Comment cadrez-vous le sujet en amont ? La phase de cadrage avec le sponsor est non négociable. Sans elle, les questions tombent à plat le jour J.
Quel format ? Une journée pleine pour un vrai sujet de vision ou d’identité. Méfiez-vous des « ateliers d’une heure trente », c’est du marketing.
Que produisez-vous comme livrable ? Le bon prestataire vous parlera de modèle physique, de principes, de photos, et de la suite à donner. Pas d’un compte-rendu PowerPoint générique.
FAQ
Lego Serious Play est-il une vraie méthode ou juste du marketing ?
C’est une vraie méthode, structurée et documentée. Elle a été développée dans les années 90 par LEGO en collaboration avec des chercheurs de l’IMD de Lausanne. Le protocole repose sur sept étapes, des kits spécifiques et une logique précise d’alternance entre construction individuelle, modèle partagé et système collectif.
Depuis 2010, la méthode est en open source, ce qui veut dire que n’importe qui peut s’en réclamer. C’est là qu’il faut faire attention. Ce qui distingue un vrai atelier Lego Serious Play d’un team building Lego, c’est la certification du facilitateur, le respect du protocole, la qualité des questions de cadrage et la rigueur de la posture. Le marketing, c’est ce qui se passe quand un prestataire applique le mot « Lego Serious Play » à n’importe quoi. La méthode elle-même est sérieuse.
Combien de temps dure un atelier Lego Serious Play en CODIR ?
Pour un sujet identitaire, de vision ou de repositionnement, comptez une journée complète, soit six à sept heures de travail effectif. C’est le format qui permet à la méthode de produire vraiment.
Pour un sujet plus circonscrit, type clarification d’une équipe sur un projet précis ou désamorçage d’un conflit identifié, une demi-journée peut suffire. En dessous, on perd la profondeur. La méthode a besoin de plusieurs cycles de construction et de partage pour que les vrais sujets émergent. Méfiez-vous des prestataires qui vous proposent des formats de 90 minutes, c’est rarement crédible.
Quel est le coût d’un atelier Lego Serious Play CODIR ?
Le coût dépend du facilitateur, du format, du nombre de participants et de la phase de cadrage. Un atelier d’une journée pour un CODIR de 6 à 12 personnes, avec un facilitateur certifié et une vraie phase de préparation, se situe dans la fourchette d’un séminaire CODIR classique de qualité.
Ce n’est pas une variable à minimiser. La phase de cadrage représente souvent autant de travail que la journée elle-même. Un bon prestataire investit du temps avec le sponsor avant l’atelier pour calibrer les questions. C’est ce qui fait la différence entre une journée mémorable et une journée oubliée. Le coût d’un atelier raté, c’est le temps perdu de votre équipe de direction et la crédibilité abîmée du sujet.
La méthode marche-t-elle si certains membres du CODIR sont sceptiques ?
Oui, à condition que le sponsor soit engagé. Le scepticisme individuel est même un signe positif au démarrage. Les sceptiques deviennent souvent les plus convaincus en fin de journée, parce qu’ils découvrent qu’ils ont produit quelque chose qu’ils n’auraient pas produit autrement.
Ce qui ne marche pas, c’est un sponsor sceptique. Si le DG ou la DRH qui commande l’atelier n’y croit pas vraiment et arrive en retard avec son téléphone, l’effet est désastreux. La posture du sommet se voit. L’engagement du sponsor est la condition de réussite numéro un. Devant les briques, le facilitateur peut convaincre une personne sceptique. Il ne peut pas convaincre une équipe entière si le commanditaire envoie un signal de désengagement.
Peut-on faire du Lego Serious Play en distanciel ?
Techniquement, oui. Des versions en ligne existent, avec des kits envoyés à chaque participant. Mais soyons honnêtes, on perd beaucoup de la richesse de la méthode. Le partage du modèle système collectif, où tout le monde construit autour de la même table, ne se reproduit pas à l’écran.
Pour un CODIR sur un sujet de vision ou d’identité, on déconseille fortement le distanciel. C’est un investissement de temps et d’énergie qui mérite la qualité du présentiel. Pour des sujets plus simples ou des équipes vraiment éclatées géographiquement, des formats hybrides peuvent fonctionner, mais avec un facilitateur expérimenté qui sait gérer la double contrainte. Quand c’est possible, mettez tout le monde dans la même pièce.
Comment éviter l’effet « on a joué toute la journée » en sortie d’atelier ?
C’est une vraie objection à anticiper. Trois leviers pour la traiter. D’abord, cadrer dès l’introduction le pourquoi sérieux de la méthode, en posant les références (LEGO, IMD Lausanne, recherche en management). Ensuite, formaliser pendant la journée les principes simples qui émergent des modèles. Pas juste construire, mais nommer ce qu’on construit. Enfin, prévoir une suite concrète : une réunion de débriefing à 15 jours pour transformer les principes en plan d’action, ou un autre format de séminaire pour traduire la vision en feuille de route.
L’effet « on a joué » arrive quand la journée n’est pas connectée à la suite. Quand l’atelier est posé dans un parcours plus large, la sensation est radicalement différente. Le CODIR sait pourquoi il a fait ça, et ce qui se passe après.
Sérieux ou gadget : la vraie réponse
La méthode est sérieuse. Le mot « Lego » est trompeur. Le contexte fait tout. Sortez des briques en CODIR pour faire un arbitrage budgétaire, c’est un gadget. Sortez des briques en CODIR pour clarifier la vision après une fusion, c’est un des outils les plus puissants disponibles aujourd’hui en facilitation.
La question n’est pas « est-ce sérieux ? ». La question est « quel sujet, quel sponsor, quel facilitateur ? ». Avec les bons trois éléments, vous obtenez une journée que votre équipe gardera en mémoire pendant des années. Avec deux sur trois, vous obtenez une animation correcte. Avec un sur trois, vous obtenez ce que les sceptiques craignent : du Lego en réunion.
C’est pour ça que la posture certifiée existe. Pas pour faire joli sur un site. Pour garantir que la méthode produit ce qu’elle est censée produire. Quand un CODIR a un vrai sujet identitaire à traiter, et qu’il est prêt à s’engager une journée pour le travailler, Lego Serious Play CODIR est rarement le mauvais choix. Reste à choisir la bonne main pour tenir le cadre.
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Yoan Lureault facilite des séminaires stratégiques en Normandie depuis 2011. Pour discuter de votre prochain séminaire, prenez un appel de cadrage de 30 minutes — gratuit, sans engagement.