Mardi matin. La DRH ouvre le tableur des participants au prochain séminaire CODIR. La liste est passée de 8 à 17 noms en deux semaines. Personne n’a dit non à personne. Et là, elle sent que le séminaire est déjà cuit avant même d’avoir commencé.

C’est une scène qu’on voit dans les boîtes en permanence. Le nombre participants séminaire CODIR n’est pas une donnée logistique. C’est une donnée stratégique. Trop peu, le rituel perd son sens. Trop de monde, le CODIR n’est plus un CODIR. Cet article donne des repères concrets pour trancher, sans froisser les egos, sans trahir l’intention de départ.

La fourchette qui marche : 5 à 12 personnes

Sur le terrain, les CODIR qui produisent vraiment quelque chose tiennent entre 5 et 12 personnes. Ce n’est pas un dogme. C’est un constat répété, équipe après équipe, secteur après secteur.

En dessous de 5, le séminaire perd sa dimension collective. Trois personnes qui se retirent deux jours, ce n’est pas un séminaire CODIR. C’est une réunion de travail prolongée. Le rituel n’a pas le poids symbolique attendu. Les arbitrages qui sortent du week-end ne sont pas perçus comme des décisions du comité de direction. Ils sont perçus comme des décisions du DG entouré de deux fidèles.

Au-dessus de 12, le format CODIR commence à craquer. Chacun parle moins. Les sous-groupes se forment. Le DG prend plus de place pour compenser. La parole devient inégalement répartie. Au-delà de 15, on sort carrément du format. On entre dans le territoire du COMEX élargi ou du séminaire managérial. Ce n’est pas mieux ou moins bien. C’est autre chose.

La fourchette 5-12 n’est pas magique. Elle correspond simplement à la taille où chacun peut prendre la parole plusieurs fois sur deux jours, où le facilitateur peut écouter chaque voix, où les décisions tiennent parce qu’elles ont été pesées par tous.

CODIR, COMEX, équipe étendue : trois objets différents

Beaucoup de boîtes confondent les trois. Et c’est de là que viennent les listes qui gonflent toutes seules.

Le CODIR, c’est l’instance restreinte de pilotage stratégique. Les directions clés, le DG, parfois le DAF, le DRH, le directeur commercial, le directeur industriel ou opérations. Sept à dix personnes en moyenne. Ce sont les gens qui prennent les arbitrages structurants. Ils se réunissent souvent (toutes les semaines ou tous les quinze jours) et leur séminaire annuel sert à respirer, prendre du recul, réaccorder le cap.

Le COMEX, c’est plus large. Il intègre des directions de support, des BU, parfois des pays. On peut monter à 15-20 personnes. La logique n’est plus d’arbitrer ensemble. C’est de partager l’information, aligner les chantiers, coordonner. Le rythme est mensuel ou trimestriel.

L’équipe étendue, c’est encore au-dessus. 30, 50, 100 managers. Là, on n’est plus dans le pilotage. On est dans la convention, dans le déploiement, dans la mobilisation collective.

Trois objets, trois tailles, trois méthodes. Quand on mélange, on rate les trois. Choisir le bon format, c’est choisir la bonne expérience pour la bonne audience. C’est aussi le travail d’un séminaire d’entreprise bien cadré en amont.

Les deux extrêmes : trop peu, trop de monde

Le bon nombre participants séminaire CODIR se joue aussi par les deux bouts. Un séminaire CODIR à 3 ou 4 personnes pose plusieurs problèmes concrets.

D’abord, le rituel n’a pas de poids. Mobiliser un facilitateur, sortir de l’entreprise deux jours, payer un lieu, ça suppose une masse critique. À 4, on a l’impression d’utiliser un bazooka pour tuer une mouche. Les participants eux-mêmes le sentent. Ils traînent un peu les pieds.

Ensuite, la diversité des points de vue est trop faible. Un CODIR sert à confronter des angles. Le commercial qui voit le marché bouger, le directeur industriel qui voit les contraintes de production, le DRH qui voit les signaux faibles dans les équipes. À 3, on tourne en rond avec les mêmes têtes, les mêmes biais. Personne ne vient vraiment perturber le cadre.

Enfin, les décisions prises à 4 ne portent pas dans le reste de l’organisation. Quand le DG annonce ensuite « le CODIR a décidé », les managers entendent « le DG a décidé avec deux personnes ». L’effet d’embarquement n’est pas là. Si vraiment l’équipe de direction tient à 4 personnes, ne pas appeler ça un séminaire CODIR. Faire une journée de travail stratégique. C’est plus honnête.

À l’autre extrême, au-delà de 15, la mécanique CODIR ne fonctionne plus. À 15, un tour de table prend 30 minutes. Sur deux jours, ça peut sembler tenable. Sauf qu’on en fait beaucoup, des tours de parole. Si chaque sujet demande un tour, on consomme la moitié du séminaire en circulation de la parole. Le facilitateur doit alors couper, hiérarchiser, et la frustration monte.

À 18, les sous-groupes se forment naturellement. Pendant les pauses, les binômes se retrouvent. Pendant les ateliers, ceux qui ne parlent jamais se taisent encore plus. Le DG, voyant ça, prend de la place pour relancer. Mais en prenant de la place, il écrase. Cercle vicieux.

À 20, on a perdu le format dialogique. On est dans une réunion plénière où une partie écoute pendant que les autres parlent. Le sentiment de coresponsabilité s’évapore. Chacun se dit « le CODIR a décidé sans vraiment me demander mon avis », et les décisions ne portent plus.

Si vous êtes 18, 25, 40, il faut changer de méthode. Le Forum Ouvert, le World Café, les méthodes de grand groupe permettent de maintenir l’intelligence collective à grande échelle. Mais ce n’est plus un séminaire CODIR. C’est un séminaire d’équipe étendue, qui demande d’autres ingrédients de facilitation d’entreprise adaptée.

Le piège du « tout le monde s’invite »

C’est l’erreur classique. Le périmètre initial est clair : les 8 membres du CODIR. Puis quelqu’un dit « on devrait inviter aussi le directeur du digital, il est nouveau ». Puis « le directeur juridique aussi, on a un sujet sensible ». Puis « le directeur de la com, pour qu’il puisse relayer ensuite ». En deux semaines, on est à 14 ou 16.

Cette dynamique n’est pas un problème de logistique. C’est un problème politique. Personne n’ose dire non. Inviter coûte zéro. Désinviter coûte cher. Donc la liste gonfle.

Le coût de cette dérive est invisible mais réel. Chaque participant ajouté change la nature de la conversation. Un nouveau venu modifie ce qu’on ose dire. Un directeur qu’on invite « pour relayer ensuite » change le statut du séminaire : on n’est plus en train de chercher, on est en train de produire un message. Les arbitrages courageux sont remis à plus tard.

Trois questions pour filtrer une demande d’invitation :

  • Cette personne a-t-elle un pouvoir d’arbitrage sur les sujets traités ?
  • Sa présence va-t-elle ouvrir ou fermer la parole des autres ?
  • Peut-on l’embarquer à un autre moment, sans la mettre dans la salle pendant les deux jours ?

Si la réponse est non, oui (fermer), oui, on peut décliner. Et c’est sain.

Quand inviter ses N-1 dans un séminaire CODIR

La question revient souvent. « Mes N-1 devraient peut-être venir, ils sont concernés. » La réponse dépend de l’objectif du séminaire.

Si l’objectif est d’arbitrer entre membres du CODIR (vision, priorités, allocation de ressources), les N-1 n’ont rien à faire dans la salle. Leur présence empêchera leurs N+1 de se dire les choses franchement. Le CODIR doit pouvoir se chamailler, se confronter, revenir sur des positions, sans que les équipes voient cette mécanique en direct.

Si l’objectif est de descendre une stratégie déjà arbitrée, les N-1 peuvent venir sur la deuxième journée. La première journée, le CODIR finalise. La deuxième, les N-1 rejoignent pour s’approprier, challenger sur l’opérationnel, planifier. Format hybride, mais qui demande d’être bien outillé.

Si l’objectif est de faire émerger une vision collective avec une équipe de direction élargie, alors la question n’est plus « j’invite mes N-1 » mais « quel est mon vrai cercle de décision ? ». Et là, on bascule sur un format COMEX ou équipe étendue, avec une autre méthode.

Une règle simple : ne jamais inviter ses N-1 par politesse. Toujours par stratégie. Si vous ne pouvez pas répondre clairement à « pourquoi ils sont là, eux et pas d’autres », c’est qu’ils ne devraient pas être là.

Comment décider qui invite-t-on : la matrice arbitre/contributeur/témoin

Une grille simple pour trancher. Pour chaque personne envisagée, poser trois cases.

Arbitre. Cette personne va prendre des décisions structurantes pendant le séminaire. Sa voix compte au moment de trancher. Elle assume les arbitrages ensuite devant ses équipes. C’est le coeur du CODIR. Cette personne doit être là, du début à la fin.

Contributeur. Cette personne apporte une expertise, un éclairage, une donnée que le CODIR n’a pas. Elle ne tranche pas, mais elle nourrit la décision. Elle peut intervenir sur une demi-journée, faire son apport, puis sortir. Format ponctuel.

Témoin. Cette personne est là « pour comprendre », « pour relayer », « parce que ce serait bien ». Elle ne contribue ni n’arbitre. C’est la catégorie qui fait gonfler les listes. Réponse : non, ou alors via un autre canal (restitution, débrief, vidéo).

Cette grille permet de tenir le périmètre face à la pression sociale. « Je viens juste écouter » devient inacceptable. Soit vous arbitrez, soit vous contribuez sur un point précis, soit vous attendez la restitution.

Sur les CODIR qu’on accompagne, cette grille fait gagner deux à trois places en moyenne. Et trois places de moins dans la salle, c’est beaucoup. Ça change la qualité de la conversation.

Le rôle du facilitateur dans la fourchette 5-12

Avoir le bon nombre, c’est nécessaire. Pas suffisant. Un CODIR de 9 personnes peut quand même rater son séminaire si la facilitation ne tient pas.

Sur 5-7 personnes, le risque est l’intimité étouffante. Tout le monde se connaît trop bien, on tourne en rond sur les mêmes points de friction. Le facilitateur doit pousser à sortir des rôles habituels, faire émerger ce qui ne se dit jamais en réunion ordinaire.

Sur 8-10 personnes, on est dans la zone optimale. La facilitation peut alterner plénière, sous-groupes de 3-4, binômes. Les modalités s’enchaînent fluidement. C’est la taille où l’intelligence collective d’un comité de direction se déploie le plus naturellement.

Sur 11-12 personnes, le facilitateur doit être plus structuré. Plus de cadrage, plus de rythme, plus de discipline sur les temps de parole. Sinon ça part en débat à plusieurs voix où chacun défend son territoire.

Dans les trois cas, la facilitation CODIR se prépare en amont avec le DG. On pose les sujets, les arbitrages attendus, les non-dits qu’il faut faire émerger. Sans ce travail, même la bonne taille ne suffit pas.

La taille CODIR évolue avec la phase de l’entreprise

Un détail qu’on oublie : la taille idéale n’est pas figée. Elle bouge avec la phase.

En phase de croissance rapide, le CODIR a tendance à grossir mécaniquement. On crée une direction digitale, une direction RSE, une direction internationale. À chaque nouvelle direction, +1. Sans qu’on s’en rende compte, on passe de 7 à 11 en deux ans. La question n’est pas de freiner les nominations, c’est de revoir le format CODIR à intervalles réguliers.

En phase de transformation, certains DG choisissent de réduire le CODIR pour aller plus vite. On passe à 6 ou 7 personnes ultra-engagées sur la transformation, et on déporte le reste sur un COMEX élargi mensuel. Logique de noyau dur.

En phase de stabilisation, on revient souvent à un CODIR plus large, plus représentatif. La diversité des points de vue prime sur la vitesse de décision.

Réinterroger la taille de son CODIR tous les 18 à 24 mois est une bonne hygiène. Ce n’est pas un débat de RH, c’est un débat de gouvernance.

FAQ

Peut-on faire un séminaire CODIR à seulement 3 ou 4 personnes ?

Techniquement oui, mais alors n’appelez pas ça un séminaire CODIR. Appelez ça une journée de travail stratégique du DG avec son cercle proche. La différence n’est pas cosmétique. Un séminaire CODIR a un poids symbolique fort dans l’organisation : ses décisions sont attendues, relayées, suivies. À 4 personnes, ce poids ne se constitue pas.

Ce qu’on conseille : si vous tenez vraiment à un format à 4, faites une journée intense, sans rituel séminaire (pas de soirée, pas d’hôtel à 100 km), avec des livrables clairs. Et complétez avec un séminaire CODIR plus large 6 mois plus tard, quand les arbitrages auront été pris. Vous gardez la décision rapide à 4 et le rituel collectif à 8 ou 10.

Comment gérer la pression d’inviter de plus en plus de monde ?

La pression vient toujours du même endroit : personne n’aime exclure. Le DG hésite à dire non au directeur juridique. Le DRH hésite à dire non au directeur de la com. Et la liste gonfle.

Trois leviers concrets. Premier levier : poser le périmètre en début de processus, par écrit, avec l’accord du DG. « Nous serons 9 personnes, voici la liste, voici pourquoi. » Une fois écrit, c’est plus dur de le détricoter. Deuxième levier : créer un format alternatif pour les invités potentiels. Une restitution d’1h30 trois jours après, où le CODIR partage ses arbitrages avec un cercle plus large. Cela donne une porte de sortie élégante aux gens qu’on n’invite pas. Troisième levier : assumer l’arbitrage. Dire « ce séminaire est un CODIR, donc 9 personnes. Si on était 14, ce serait un autre objet. »

Que faire si mon CODIR est structurellement à 14 ou 15 personnes ?

C’est une situation fréquente, surtout dans les ETI ou grandes PME. Vous n’allez pas réduire votre comité de direction efficace par une décision d’organisation. Mais vous pouvez adapter le format séminaire.

Première option : faire un séminaire en deux temps. Une journée à 14 sur les sujets larges (vision, climat, ambitions), une journée en sous-comité restreint (les 8 décideurs clés) sur les arbitrages durs. Deuxième option : structurer fortement le séminaire avec un facilitateur expérimenté. Plénières courtes, beaucoup de sous-groupes de 3-4, restitutions disciplinées. Le format tient, mais demande plus de moyens. Troisième option : accepter que le séminaire CODIR à 14 n’aura pas la profondeur d’un séminaire à 8, et compenser par des points stratégiques bilatéraux entre le DG et chaque membre clé en amont.

Faut-il toujours inclure le DAF, le DRH et la com dans un séminaire CODIR ?

Cela dépend des sujets. Le DAF est presque toujours là, parce que tout arbitrage stratégique a un impact financier. Le DRH est presque toujours là, parce que toute décision a un impact sur les équipes et que le climat social est un sujet de pilotage. La com est plus variable.

La directrice de la com est légitime sur des séminaires où l’on travaille la marque employeur, la communication de transformation, la prise de parole publique. Elle l’est moins sur des séminaires d’arbitrage business pur. La règle : si elle vient, elle vient comme membre du CODIR, pas comme exécutante. Si vous l’invitez « pour qu’elle prépare la communication ensuite », c’est un signal qu’elle ne devrait pas être là à ce moment.

Combien de personnes pour un séminaire CODIR sur la vision à 5 ans ?

Ce type de séminaire demande de la diversité des points de vue. La fourchette idéale monte plutôt vers 9-12 que vers 6-8. Vous voulez du frottement, des angles différents, des scénarios contrastés. Un CODIR trop petit aura du mal à projeter au-delà de ses biais habituels.

Vous pouvez aussi inviter ponctuellement des contributeurs externes : un client clé, un expert sectoriel, un grand témoin. Pas comme arbitres, mais comme apporteurs d’angles nouveaux sur une demi-journée. C’est un format qui marche bien pour casser le plafond de verre des séminaires « entre nous ».

Peut-on mélanger CODIR et N-1 sur un même séminaire ?

Oui, mais avec un design précis. La pire formule : tout le monde dans la salle pendant deux jours, sans distinction de rôle. Personne ne sait qui décide quoi, les N+1 n’osent pas se confronter devant leurs équipes, les N-1 n’osent pas pousser parce qu’ils ne veulent pas paraître insolents.

La bonne formule : séquencer. Première séquence (CODIR seul) : on arbitre les fondamentaux. Deuxième séquence (CODIR + N-1) : on déploie, on challenge sur l’opérationnel, on identifie les risques d’exécution. Troisième séquence (CODIR seul) : on valide les ajustements et on tranche les derniers points. Cette respiration permet à chaque cercle de jouer son rôle. Mais elle demande un facilitateur capable d’orchestrer ces transitions sans perdre l’énergie collective.

La question du nombre n’est jamais une question isolée. Elle découle de l’intention du séminaire. Vous voulez arbitrer durement et vite ? Restez serré, 7 ou 8. Vous voulez ouvrir un horizon, créer du commun ? Allez vers 10-12. Vous voulez embarquer une équipe étendue ? Sortez du format CODIR et passez à autre chose.

Le réflexe à perdre : raisonner en organigramme. « Voici le CODIR officiel, donc voici les invités. » Le réflexe à prendre : raisonner en mission du séminaire. « Voici ce qu’on cherche à obtenir, donc voici les bonnes personnes à mettre dans la salle. » La nuance est petite mais elle change tout. Un CODIR qui choisit ses invités à partir de l’intention sort transformé. Un CODIR qui invite par habitude ressort comme il est entré.

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Yoan Lureault facilite des séminaires stratégiques en Normandie depuis 2011. Pour discuter de votre prochain séminaire, prenez un appel de cadrage de 30 minutes — gratuit, sans engagement.

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